
L’usine de la Vierre à Bertrix occupe une place singulière dans la mémoire collective des anciens ouvriers et des familles locales, même si elle reste aujourd’hui peu documentée dans les archives publiées. Présente dès 1897, elle est mentionnée dans les récits oraux comme un lieu d’activité industrielle important dans la première moitié du XXᵉ siècle, avec une production liée aux sous-produits du bois : alcool, charbon de bois, goudron, chloroforme, etc.
L’Ardenne, riche de ses forêts et de son bois feuillu, offrait dès la fin du XIXᵉ siècle un potentiel naturel pour des activités industrielles originales. Les bois feuillus — notamment le bouleau — sont particulièrement adaptés à la production de charbon de bois et de sous-produits liquides ou chimiques, car leur pyrolyse (chauffe en l’absence d’air) libère des composants variés qui peuvent être récupérés. Ce type de procédé était utilisé par certaines industries européennes pour fabriquer, dans des installations de carbonisation, non seulement du charbon de bois mais aussi des liquides comme l’alcool ou le goudron, utilisés ensuite comme carburants ou matières premières.
Selon les témoignages locaux, l’usine de la Vierre, établie vers 1897, s’était spécialisée dans la transformation du bois en divers produits :
Les habitants se souviennent notamment de rondins de bois feuillus — spécialement du bouleau, réputé pour produire de nombreux sous-produits — qui étaient apportés sur le site. Avant la Seconde Guerre mondiale, et quelque temps après, certains travailleurs, dont le père de l’un des témoins, transportaient ces rondins vers l’usine en échange de produits finis et de combustibles, comme de l’alcool servant à faire tourner les moteurs en guise d’essence — une pratique qui témoigne de l’économie très locale et informelle de l’époque.
À une époque où les matières premières n’étaient pas toujours disponibles sous forme industrialisée, et où les réseaux de distribution motorisés restaient limités, des échanges en nature comme l’utilisation d’alcool ou de charbon de bois produits localement étaient courants. Cela montre combien les industries de proximité, même modestes, ont su tirer parti des ressources naturelles pour créer de la valeur et participer à la vie économique de Bertrix.
Aujourd’hui, l’établissement de la Vierre ne laisse que peu de traces visibles. Le nom même de la rue de la Vierre rappelle toutefois l’empreinte de cette activité industrielle dans l’espace local. La rivière Vierre, qui traverse l’Ardenne et les alentours de Bertrix, fut un élément géographique central : elle reliait les sites de production aux voies de circulation et favorisait l’installation d’activités économiques le long de son cours.Même si les sources écrites précises manquent pour détailler l’histoire complète de l’usine, les témoignages oraux et la mémoire des familles locales permettent de reconstituer une image vivante d’une industrie qui exploitait intelligemment son environnement forestier et qui participait d’un modèle économique artisanal propre à l’Ardenne de la fin du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle.📌 Un site à redécouvrir, non seulement pour ses vestiges potentiels, mais aussi pour son rôle dans l’histoire économique locale, entre artisanat, innovation et communauté.