
Installé en bord de Semois, au hameau de Linglé (Mortehan), l’établissement connu sous le nom de “La Vieille Ardenne” fut bien plus qu’un simple café. Aujourd’hui largement disparu des circuits contemporains et souvent confondu avec des établissements du même nom ailleurs en Ardenne, ce lieu occupait autrefois une place centrale dans la vie locale et les échanges régionaux.
Située le long de l’ancienne route reliant Bertrix à Herbeumont, La Vieille Ardenne bénéficiait d’un emplacement privilégié, au cœur d’un axe de circulation important avant l’ère de l’automobile moderne. À proximité immédiate de la Semois, dans un environnement naturel déjà prisé, elle constituait un point de halte naturel pour les voyageurs, les ouvriers et les habitants des villages voisins.
Au tournant du XXe siècle, l’établissement joue un rôle clé dans les déplacements régionaux. Il est attesté qu’un arrêt de la malle-poste reliant Bertrix à Herbeumont s’effectuait à Linglé.Ce service, assuré par attelage de chevaux, permettait :
Dans ce contexte, La Vieille Ardenne servait de :
Elle s’inscrivait ainsi dans le réseau des petits établissements ruraux indispensables à la mobilité d’autrefois.
Au fil du XXe siècle, avec le recul des transports hippomobiles et l’arrivée de l’automobile, la fonction de relais disparaît progressivement. Le lieu conserve cependant une activité essentielle : celle de café rural.Les témoignages et photographies des années 1960–1970 montrent :
La Vieille Ardenne devient alors un lieu de sociabilité, où se croisent les récits, les nouvelles locales et les habitudes du quotidien.
Située en bord de rivière, l’établissement profite également du développement progressif du tourisme dans la vallée de la Semois au XXe siècle.À proximité :
Le café devient une halte appréciée des visiteurs, contribuant à l’image conviviale et authentique de la région.
Comme l’ensemble de la vallée, Linglé et ses environs ont été marqués par les conflits du XXe siècle. La destruction du pont de Linglé en 1940 et les passages de troupes ont profondément affecté la zone.Dans ce contexte, La Vieille Ardenne, comme de nombreux cafés ruraux, a probablement été un lieu de passage, d’échanges et parfois de refuge, s’inscrivant discrètement dans la mémoire des événements.
À partir de la seconde moitié du XXe siècle, plusieurs facteurs entraînent le déclin de ce type d’établissement :
Peu à peu, La Vieille Ardenne disparaît du paysage actif, rejoignant la longue liste des cafés ruraux aujourd’hui éteints, mais encore présents dans les souvenirs.
Bien que peu documentée dans les sources classiques, La Vieille Ardenne reste vivante dans la mémoire collective, notamment à travers :
Elle incarne parfaitement ces lieux modestes mais essentiels qui structuraient la vie des villages ardennais.
La Vieille Ardenne de Linglé n’était pas un établissement prestigieux, mais elle jouait un rôle fondamental : celui de carrefour humain, entre voyageurs, habitants et générations.Aujourd’hui, son souvenir rappelle une époque où les cafés étaient bien plus que des lieux de consommation :
➡️ de véritables centres de vie, au cœur des villages et des paysages de l’Ardenne.