(photo)L’Hortay ? Quel sens aurait-il ? Il semble que l’aspiration du mot indique peut être la première syllabe ort, qui fait penser à orard, serait-ce alors un gardencol, un jardin creusé ou tout bonnement un corps de garde ? Si telle est réellement la signification, ce mot n’aurait pas été utilisé dans les deux cas du Grand Chasselet pourrait bien être dû dans l’Empire romain, dans un système défensif en proche Charlemagne, un chemin militaire de Mouzon au camp de Berwick (Remagne), analogue à la voie décrite par Marchot : Deux-villes au camp de Remagne, lequel aurait constitué un centre de garnison, surtout de cavalerie (Trévires, Dalmates, etc…).
Tracer sur une carte une ligne joignant Mouzon à Remagne, elle passerait à peu près sur la voie Charlemagne.
Après le pont 391, le vieux chemin de Bertrix s’en détache pour se diriger vers le lieu-dit Grand Chasselet qui l’ignore, non sans envoyer maints chemins vers le bas et vers le haut du promontoire des idées.
La voie Charlemagne continue sans dévier vers la route actuelle des ardoisières qu’elle coupe au sud de la borne 5, se dirige presque immédiatement, épingle à cheveux, vers la gauche et le chemin de la borne 4.
On le croise la voie n°1, à l’endroit où elle bifurque vers Orgeo et Pin-Izel.
Un autre chemin, qui se détachait probablement de la voie Charlemagne après le passage à gué de la Semois, remontait par la vallée des Munos vers le château des Fées. Obliquant à gauche avant celui-ci, suivant le chemin de la Gabonne puis le sentier des fleuses qu’il suivait environ 150 m. Sous la côte 430, il bifurquait vers la droite, atteignait la villa Berticus qu’il contournait puis, après avoir croisé le diverticule n°1, continuait jusqu’à la voie de Neufchâteau.
C’est à partir du plateau 430, qui a la même altitude que la Grand-place de Bertrix, que ce chemin prend le nom de la Kemine.
Cette Kemine (Kumine, 1842 ; Laquemine, 1851) est une des nombreuses formes du Kamin luxembourgeois dévié par Vanneuville, qui rattache ce terme à un camins gallo-romain avec la signification vieux chemin. Son aspect rappelle bien ces voies antiques, étroites et profondément creusées par les charrons, allant droit devant elles, sans souci des sommets et qui sont bien les caractéristiques des chemins gaulois. La forme féminine qu’elle présente ici, bien que suspecte, n’est pas l’unique.
Ce diverticule mettait rapidement la villa en contact avec des voies plus importantes allant dans toutes les directions. Mais elle pouvait, en cas d’alerte, servir aux habitants à se replier en des temps reculés et sans risques, vers le complexe du château des Fées.
Mais parlons un peu de ce endroit… C’est un des sites les plus mystérieux de Bertrix, tant par sa situation topographique que par les appellations des lieux-dits.
(photo)En 1283, la Chronique de Saint-Hubert fait déjà mention du château dit du bois des Fées comme faisant partie de Bertrix avec la marche de Laute, Renaumont et Bruhhe.
La carte Ferraris (1777) les fait apparaître sur la commune, le long de la route des Ardoisières.
Mais la tradition place ce lieu-dit entre Bertrix et Morthein, dans la forme par la vallée des Munos au lieu-dit le Marcoux. Elle s’identifie avec un castellum érigé au sommet du rocher isolé et dressé près de la route. En réalité, il devrait s’agir d’une construction plus importante, peut-être même de tout un groupe d’habitations, située dans la forêt, puisqu’on juge utile d’en faire mention sur l’acte de 1283.
Le rocher est taillé à pic de tous côtés pour en rendre l’escalade difficilement réalisable. Quelques vestiges de murs permettent (ou permettraient) de reconnaître une enceinte en pierres sèches qui entourait, à la base, un espace d’environ 40 m sur 30 m. Elle comporte un intervalle non muré, probablement l’entrée, qui fait face au lieu-dit Portelle (petite porte). Ceci laisse supposer l’existence d’une autre entrée plus importante.
Le faîte se termine par une plate-forme de faible surface délimitée par une seconde enceinte polygonale dont il ne reste que des ruines assez bien conservées. En 1875-1880, un Bertrigeois d’origine, Pierre-Hubert Tillement, capitaine retraité du génie, alors qu’une coupe extraordinaire avait mis à nu les flancs du rocher, a augmenté et étudié les dispositions des lieux et voyant dans ce castellum un observatoire romain. Sa prospection décela des vestiges de monuments druidiques. Que penser ? La note de Melle Zoé Casin n’en dit pas plus.
De cette position, le guetteur avait une vue sur le secteur fort étendu et pouvait correspondre par signaux avec d’autres postes aménagés le long de la voie Charlemagne (points 387, 388, 391 et 440) et aussi avec le plateau supérieur (425).
C’était sans nul doute un ouvrage militaire, fortin ou tour d’observation. Le promontoire qui vient de ce roc, fait penser avec ses versants escarpés, à un éperon barré qui commandait les deux vallées. Il se prolonge vers l’est et forme un plateau à pente douce de plus de 50 hectares, que l’administration forestière reprend en 28 ha pour le Grand Chasselet et le reste pour le Petit. Le Petit Chasselet comprend la partie jusqu’à des fossés qu’on devine et l’étang de la Cluse (écluse).
Du pied du rocher fortifié part un chemin qui rejoint par le val la voie Charlemagne. Il n’autre vers l’est s’amorce sur le vieux chemin de Bertrix, sinon plus ancien de la localité. Un troisième emprunte la vallée des Moutons et va lui aussi se greffer sur cette voie axiale.
Le Celle-ci plus au nord, reçoit encore une branche du chemin qui dessert le Grand Chasselet, la 2ème allant vers le Petit.L’appellation Bois de la Haie dans ces mêmes parages, nous paraît assez bizarre. Hay (ou Haye) dérive des termes cagium (gaule) et hag (germanique) et désigne une forêt alors que le latin fagus ou het désigne le hêtre. On comprendrait mal ce qui se rapporterait à une haie, sinon à un ancien clôture de domaine, clôture défensive, voire retranchements dont des traces délimitent l’espace sur le plateau. A (Samrée) La Roche à l’Oppidum du Chasselet, un double fossé nommé Haies Sarrasins couronnant une partie en maçonnerie sèche, en défend l’accès.
Que penser de cette ramification de chemins créés sur cet endroit ? Sinon que celui-ci, à une certaine époque, doit être occupé. Les camps militaires sont comme des établissements industriels, soutiennent une autre hypothèse semblable à des voies de communications. D’autre part, les appellations toponymiques, elles aussi, peuvent s’interpréter différemment.
Que conclure ? Seules des fouilles bien menées pourraient apporter des arguments en faveur de l’une ou de l’autre hypothèse. Et qui sait, peut-être révéleraient-elles des découvertes différentes.
À suivre…
Yves GOURDIN
Noss Vî Bertry