Sur la route des ArdoisiÚres, à environ un kilomÚtre et demi des Maugires, en descendant vers le pont de la Blanche, se trouve, sur la droite, un lieu-dit nommé Fayet.
Câest lĂ , dit-on, quâaurait Ă©tĂ© Ă©rigĂ©e une chapelle dĂ©diĂ©e Ă saint Roch, aprĂšs la grande peste de 1636. La tradition situe cette construction Ă la lisiĂšre des terres humides, lĂ oĂč la forĂȘt commence Ă refermer son ombre.
La croyance populaire affirme que la chapelle et ses cloches auraient été englouties dans les marais. Depuis lors, certaines nuits de pleine lune, à minuit précis, les personnes encore présentes dans les environs peuvent entendre sonner les cloches invisibles.
La mémoire collective a conservé cette croyance dans une expression restée célÚbre :
« CÚ chur vré coume les clotch de Fayai »
Ă cet endroit, la campagne paraĂźt simple, bien verte, presque joyeuse.
La forĂȘt commence un peu plus loin.
Une grande forĂȘt effilĂ©e, haute, oĂč les sapins jettent leurs bras vers un ciel au courant puissant. Les arbres y forment, au-dessus du sentier, de vĂ©ritables nerfs de branchages dĂ©charnĂ©s. Les fougĂšres serrĂ©es tapissent le sol, tandis que les digitales se dressent comme des hampes de drapeaux, prĂ©sentant leurs cloches dâun rose vif.
Lorsque les arbres sâĂ©cartent, laissant place Ă la clairiĂšre, la broussaille et les mousses raboutĂ©es, grises, recouvrent la terre.
Souvent, des marais sâinsinuent dans la forĂȘt.
FrangĂ©s dâarbres jusquâĂ leurs rives, ils dissimulent leurs mystĂšres sous le reflet du ciel et semblent, dans le silence, avoir enseveli tous les secrets. Pour les dĂ©couvrir, il faut parfois suivre des chemins herbus et fangeux, des sentiers qui paraissent refuser dâindiquer la marche.Ătrange forĂȘt.TrĂšs vite sâen dĂ©gage une impression obsĂ©dante : Ă la fois solitude et prĂ©senceâŠ
La forĂȘt, profonde et silencieuse, sâĂ©carte parfois et sâouvre sur des Ă©chappĂ©es de paysages, comme des points de suspension, en attente de quelque chose.
La nuit, lorsque la lune mange le ciel, des cloches se font entendreâŠSouvenir lointain dâune chapelle Ă©difiĂ©e au cĆur de la forĂȘt.
Au matin, les murmures se sont tus.
Alors, on laisse se refermer la surface des marais sur la chapelle engloutieâŠ