Non loin du ruisseau de Muno se dresse un rocher abrupt et dĂ©nudĂ© que la tradition populaire a baptisĂ© le ChĂąteau des FĂ©es. Selon les rĂ©cits anciens, ce lieu aurait servi de refuge Ă des fĂ©es, ĂȘtres surnaturels profondĂ©ment ancrĂ©s dans lâimaginaire ardennais.
Les fĂ©es Ă©taient dĂ©crites comme de jeunes femmes gracieuses, dotĂ©es de pouvoirs mystĂ©rieux. Loin dâĂȘtre farouches, elles descendaient parfois jusquâau village pour demander un peu de lait. Les habitants bienveillants ne leur refusaient jamais cette modeste offrande, et en retour, les fĂ©es rendaient de prĂ©cieux services.
En revanche, ceux qui tentaient de les tromper ou de se moquer dâelles subissaient leur vengeance, souvent sous la forme de mauvais tours.
Les nuits claires, lorsque la lune et les Ă©toiles illuminaient les monts dâArdenne, les fĂ©es dansaient dans les prairies en chantant des mĂ©lodies dâune douceur envoĂ»tante.
Elles possĂ©daient Ă©galement un coq Ă la voix exceptionnelle, dont le chant portait Ă plusieurs lieues Ă la ronde. Les anciens disaient quâil chantait « comme un lombard », signe de sa puissance presque magique.
Les fées possédaient aussi une vache qui, chaque jour, rejoignait le troupeau communal de Bertrix. à cette époque, un pùtre communal rassemblait le bétail des habitants pour le conduire aux pùturages collectifs.
Les fées ne manquaient jamais de respecter les usages : elles nourrissaient le pùtre à tour de rÎle comme les autres familles, et lorsque venait leur semaine, la vache rapportait un repas exceptionnel, soigneusement enveloppé dans un mouchoir blanc suspendu à sa queue.
Intrigués par ces pratiques, les habitants se demandÚrent comment les fées reconnaissaient leur tour. Deux métayers décidÚrent de suivre la vache.
Celle-ci sembla dâabord indiffĂ©rente, avançant lentement, puis sâĂ©lança soudain dans les fourrĂ©s. Les hommes tentĂšrent de la suivre mais furent vite ralentis par la vĂ©gĂ©tation dense. En quelques instants, la vache disparut complĂštement Ă leur vue.
MalgrĂ© de nouvelles tentatives de surveillance, jamais les villageois ne purent percer le mystĂšre. Les fĂ©es demeurĂšrent insaisissables et gardĂšrent jalousement leur secret, renforçant encore la lĂ©gende du ChĂąteau des FĂ©es, lieu de magie, de respect et de frontiĂšre invisible entre le monde des hommes et celui de lâimaginaire.