đĄ Jean-Louis, le violoneux
Ă la ligne, Jean-Louis Ă©tait un pauvre bossu qui habitait Bertrix. Son infirmitĂ© le rendait faible et lâempĂȘchait de se livrer aux rudes travaux des champs ou aux durs labeurs du bĂ»cheronnage. Dâune sensibilitĂ© toute particuliĂšre, il sâĂ©tait tournĂ© vers le violon, et son Ăąme sâexhalait lorsquâil faisait vibrer lâarchet.
đđș La joie quâil apportait
Partout oĂč il allait, il apportait la joie : aux ducasses, aux noces, il faisait danser les villageois comme personne. Mais malgrĂ© tout le plaisir quâil donnait, jamais il ne se mĂȘlait aux jeunes gens et jeunes filles. Lui aussi aurait aimĂ© rire, sâamuser et dessiner dâondoyantes arabesques aux bras des plus jolies paysannes, mais comment penser Ă lâamour avec une bosse qui dĂ©forme le dosâŻ?
đđ La fĂȘte de Rossard et la rencontre magique
Un jour, Ă la fĂȘte de Rossard, Jean-Louis joua sans relĂąche tout lâaprĂšs-midi et la soirĂ©e. Vers onze heures, fatiguĂ©, il dĂ©cida de regagner BertrĂ©. Mais la musique lâavait grisĂ© : il se coucha sous le chĂąteau des fĂ©es et sâendormit. Soudain, un chant doux le rĂ©veilla. Devant lui dansaient de jeunes filles, lumineuses sous la lune et les Ă©toiles, rĂ©pĂ©tant un refrain monotone.
đ»đ§ââïž Lâimprovisation qui enchante les fĂ©es
Jean-Louis saisit son violon et accompagna la farandole. Mais trouvant le chant trop simple, il improvisa un motif joyeuxâŻ: «âŻdimanche, lundi, mardiâŻÂ». Les fĂ©es, surprises et enchantĂ©es, sâarrĂȘtĂšrent pour lâĂ©couter. La reine des fĂ©es sâapprocha et lui dit :
«âŻJean-Louis, ta mĂ©lodie est charmante. DĂ©sormais, nous danserons en rĂ©pĂ©tant tes paroles. Et pour te remercierâŠâŻÂ»
đȘâš La transformation
Alors, elle caressa son dos tordu, et immĂ©diatement, Jean-Louis se redressa. Sa bosse avait disparuâŻ! Les fĂ©es disparurent sous les frondaisons mouvantes, laissant le musicien libre et heureux.
đïžđš Le retour Ă Bertrix
De retour à Bertrix, les habitants furent stupéfaits. Le violoneux, connu de tous, voyait son aventure se répandre de hameau en village.
đčđ« Anselme, le bossu de la Maljoyeuse
Mais il existait un autre gobin, Ă la Maljoyeuse : Anselme. Contrairement Ă Jean-Louis, il Ă©tait redoutĂ© de tous. Paresseux et malhonnĂȘte, il vivait aux dĂ©pens de la communautĂ©, chapardant Ćufs et vaches. Quand il entendit parler de la guĂ©rison miraculeuse de Jean-Louis, il voulut tenter sa chance.
đâ La tentative ratĂ©e
La nuit venue, il se rendit au chĂąteau des fĂ©es. Mais sa voix criarde et maladroite fit stopper net la ronde des danseuses. La reine sâexclama :
«âŻUn aussi mauvais chanteur que toi doit ĂȘtre puni ! DorĂ©navant, tu seras bossu par devant et par derriĂšre ! »
đ€ŻđȘš Le chĂątiment
Anselme revint Ă la Maljoyeuse, plus difforme quâavant, engoncĂ© dans ses bosses, privĂ© de souplesse et dâagilitĂ©. Adieu, ses maraudes et ses mauvais tours : la justice des fĂ©es avait frappĂ©.